Cinéma

Les Garçons Sauvages

Avec Les Garçons Sauvages, Bertrand Mandico nous plonge dans une douce fièvre onirique et révèle l’onctuosité des sens. Véritable appel au sexe et à la volupté, sans tabou, sans frontière, sans préjugé, violent et bagarreur, délassant, doux et sucré, tout à la fois. Le sexe vital à la détermination de ce que nous sommes, pour s’assumer et se libérer. S’assumer et se libérer, c’est ce qu’il a fait. Prendre sa pellicule, la teinter de Guy Maddin, de Méliès, de Lynch, l’imbiber de textures baroques et l’ancrer dans un retour aux sources, à la nature vierge, maternelle et sexuelle. Mandico travaille la matière pour mieux libérer les esprits.

A l’image : du grain, des lumières, des brillances, des substances et des fluides. Ce film enclenche la mécanique des sens, à l’écran comme en salle. Il utilise les transparences et les surimpressions pour créer un univers unique, d’une beauté folle qui vous enveloppe tout entier dans son délire. Son grain de folie chimiquement imprimé et révélé sur pellicule. (Quitte à travailler sur péloche autant en jouer encore et encore, moyen de nous rappeler concrètement tout ce qu’on oublie avec le numérique).

Au début : de la neige/du sable/de la poussière d’étoile ?, du noir et blanc, de la couleur, un personnage mi-homme mi-femme, de l’alcool, un état second, on y voit sans y voir. On est toujours dans une ambivalence, une transition. Sommes-nous obligatoirement figés, pouvons-nous évoluer, pouvons-nous assumer nos désirs quels qu’ils soient ? Le film montre un voyage d’une identité à une autre. Mater ces cinq voyous pour les adoucir. Transformer ces garçons en filles. Le film le révèlera métaphoriquement avec ce voyage en bateau et physiquement avec la perte organique de leurs attributs.

Cela se déterminera à travers un autre atout majeur du film, l’amour des costumes, des masques et du travestissement. Avec une portée esthétique et symbolique sublime, à laquelle viendront s’ajouter les charmes multiples et complémentaires des comédiennes. Cinq allures uniques et androgynes, chacune belle à leur manière, apportant tour à tour un trait de douceur, de désinvolture, de peur ou de pouvoir. Cinq personnages pour montrer l’ampleur du caractère humain. Rien n’est laissé au hasard, le paraître du film renforce son message et son histoire. Les effets spéciaux sont en direct, les ficelles de ces artifices fantastiques se dévoilent sous nos yeux, Mandico créateur d’un monde, de l’homme et de la femme, ou plutôt des deux ne fonctionnant pas l’un sans l’autre.

Au son, pareil : une atmosphère changeante, des dialogues parfois moyennement audibles ou compréhensibles, on comprend sans comprendre mais, volonté propre du réalisateur ou non, les impressions et les ressentis prennent le relai. On fait confiance à nos sens. L’identité des personnages sera soulignée à ce niveau également, les voix se changent, un « cri de fille » se fera entendre. Musicalement, la bande son est une merveille, à l’image du film, elle vous transporte dans un état psychédélique et double, doux et brusque à la fois.

Les Garçons Sauvages est une ode au féminin, au pouvoir du changement, à la magie des mutations, au désir et à l’écoute de ses envies. Il ponctue son film de quelques lignes qui mènent à la réflexion : « Je vois une femme. – Tu ne sais pas voir au-delà des apparences. », « Si je ne suis pas femme, je serai capitaine. », « Un conseil mesdemoiselles, ne soyez jamais vulgaires ». Montrer que la femme est bien plus, qu’elle n’a pas besoin d’être l’équivalant de l’homme car elle peut aller plus loin, que s’assumer en tant que tel n’implique pas de tomber dans la caricature. Loin des extrêmes et avec le bon ton, le film entend la femme comme une douceur nécessaire au monde, à un monde en paix. A l’heure où la guerre des sexes fait rage, il serait temps d’accepter chaque individu comme entité essentielle à l’univers, à son respect et à son bon équilibre.

Voyage fantastique et métaphorique, réel essai cinématographique, physique et sensoriel. Bertrand Mandico a osé penser cet objet filmique, a osé le réaliser, le film ose marcher en festivals et ose sortir sur les grands circuits…Il était temps ! Cinéma français réveille-toi, ou plutôt rêve, et suis la route des Garçons Sauvages !

La Moustache.

Les Garçons Sauvages de Bertrand Mandico
Sortie le : 28 février 2018

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