Cinéma

(Re)Découverte magique de Télépolis.

C’est quelque peu difficile d’expliquer furtivement tout ce que peut contenir ce film tant il est narrativement complet et bordé de réelles qualités cinématographiques.

Télépolis m’a clairement emmenée avec lui, comme je ne m’y attendais pas. Au début un peu perplexe, par peur que le film joue nonchalamment avec les codes du film muet ­– simples d’accès mais difficiles à maîtriser – j’ai finalement découvert un raffinement visuel, stylistique et narratif, doublé d’une impressionnante palette de références au cinéma et à son histoire.

C’est typiquement le film que tu (tout le monde !) devrais voir tout de suite, dès le début de ta vie de jeune cinéphile ou, à défaut de ne pas l’être, qui te forcera à le devenir tant sa conception est subtile.

Le film utilise tout ce que le cinéma peut offrir. Que ce soient les bruitages, la musique, les voix ou les ambiances, tout, absolument tout a son importance. A l’identique, l’image est travaillée avec brio, dans sa composition, dans ses effets spéciaux, dans ses lectures à plusieurs niveaux et surtout dans sa photographie. Il joue avec les genres et y glisse des séquences d’animation absolument sublimes. L’ensemble jongle tour à tour avec tous ces outils, entremêle l’image et le son, les rend indissociables et Sapir en fait son thème : un film muet révélant l’importance de la voix, et surtout de nos voix. Il illustre stylistiquement les enjeux sociaux et sociétaux d’une population au bord du gouffre et de l’oppression.

Télépolis, vue d’une ode aux temps anciens. Les prémices du cinéma sont présents de manière évidente et construisent le film. Les superpositions et transparences de Méliès (avec un clin d’œil non dissimulé à « sa lune »), l’expressionnisme allemand et plus particulièrement celui de Métropolis de Fritz Lang (dont le film s’inspire à plusieurs niveaux) et, bien sûr, des rapprochements inévitables à Charlie Chaplin, aussi bien aux Temps Modernes qu’au Dictateur, révèlent une volonté propre d’appartenir à une esthétique, à des thèmes et à une histoire du cinéma forte de sens. La construction des personnages et des visuels, ne sont pas, non plus, sans rappeler les David Lynch et Tim Burton, représentants également d’un cinéma réfléchi sur le fond et la forme.

Sapir rend hommage,…Sapir dénonce aussi. Sans connaître l’année de Télépolis, il serait difficile de dater réellement le film. Il dépeint de manière très universelle une société soumise à la volonté d’un homme et, bien que l’on y voit nettement le combat des juifs contre la montée en puissance du nazisme, il démontre à travers quelques courageuses âmes la rébellion et la libération d’un peuple, aussi bien physiquement (la voix) que psychologiquement. Cette évocation de la voix tend à le rapprocher aussi du célèbre Dune de Franck Herbert, pièce phare de l’univers littéraire de la science-fiction, en faisant des parallèles sur La Voix, le don qu’elle représente et le pouvoir de celui qui la possède. Le film s’inscrit dans cette atmosphère SF, à mi-chemin entre le fantastique, la poésie et l’onirisme.

Si l’on voit en Télépolis un objet filmique assez neutre, c’est qu’il n’est que trop peu connu dans son accomplissement. Sapir réussit à jouer de la science des rêves pour nous parler d’un monde qui n’est pourtant que trop réel.

La Moustache.

Télépolis (La Antena) d’Esteban Sapir
Sortie : 30 janvier 2008

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