Cinéma

La route sauvage (Lean on Pete)

Dans la lignée des petites perles cinématographiques de cette année 2018, laissez-moi ajouter à ma liste La Route sauvage (Lean on Pete) d’Andrew Haigh.

La Route sauvage, c’est l’histoire de Charley Thompson.

Lean on PeteCharley a 15 ans, il vit avec son père, Ray, depuis que sa mère l’a laissé chez ce dernier « juste pour quelques jours » des années plus tôt, pour ne finalement jamais revenir. Ray est immature, inconstant, irresponsable et un peu alcoolique aussi. Mais il aime son fils, du mieux qu’il peut, même s’il donne à ce dernier un rôle d’adulte qu’il n’est pas encore.
En dehors de Ray, la seule famille de Charley, c’est sa tante Margy, qu’il n’a plus revue depuis ses 12 ans. On peut donc dire que le gamin est globalement assez seul.

Le film commence au moment où le jeune homme et son père emménagent à Portland. Énième déménagement pour le duo père-fils. Énième appropriation des lieux pour l’ado timide et discret qu’est Charley.
Alors que Ray vient de trouver du travail (et une petite amie)(déjà mariée)(en voilà une idée qu’elle est bonne !), Charley explore les environs, en courant, toujours.
Un matin, il tombe sur Del Montgomery, l’entraîneur de chevaux de courses du coin. Il ne faut pas très longtemps pour que le garçon propose son aide à l’homme.
2451379.gif-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgC’est ainsi que Charley se retrouve garçon d’écurie, et se prendra très vite d’affection pour Lean on Pete, un pur sang en fin de carrière.

Charley suivra Del, Bonnie la jockey et Pete sur tous les champs de courses du coin, pour encourager, et accompagner son nouvel ami dans ce monde impitoyable qui est très loin d’épargner les chevaux…

Une nuit, la maison est réveillée en sursaut par un homme qui défonce la porte d’entrée. Oui, Ray continuait de batifoler. Oui, l’homme en question, c’est le mari. Non, la confrontation ne va pas particulièrement bien se passer. Très grièvement blessé, Ray est transporté à l’hôpital pour un séjour assez long. Au retour d’une course, Charley apprendra que son père est décédé en son absence…

Le jeune homme, effondré, se réfugie aux écuries et auprès de Pete, qui devient son seul réconfort. Forcément, accorder quelques minutes de répit à ce garçon est apparemment trop demandé.
Lors de la course suivante, Pete, pourtant gagnant de sa précédente compétition, se retrouve bon dernier. Del décide alors de le vendre. S’en est trop pour Charley qui décide de partir avec le cheval, pour rejoindre sa tante Margy, désormais la seule famille qui lui reste, dans le Wyoming.

C’est alors le début d’une longue traversée du désert, pour les deux amis…

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Que dire de ce film sans trop en dire justement, et sans vous gâcher ce beau moment de cinéma ?

Impossible de ne pas parler du casting.

Plaisir d’abord de retrouver Travis Fimmel, presque méconnaissable. Il faut dire que j’avais plus l’habitude de le voir vêtu de peaux de bêtes, une hache à la main dans la série Viking. Du coup, très bonne surprise de le découvrir bedonnant, alcoolique, et un peu (beaucoup) beauf sur les bords dans un petit film indépendant. Si on reconnaît assez vite son regard malicieux (oui, j’aime bien Travis Fimmel, OUI), son interprétation de ce père pas vraiment doué, sûrement encore ado dans sa tête, n’en est pas moins réussie.

J’ai finalement vu très peu de films avec Chloë Sevigny mais une chose est sûre, à chaque fois que je la croise, je me dis la même chose : elle fait le boulot. Son personnage est pourtant assez secondaire mais elle attire le regard, autant par la qualité de son jeu que par sa présence à la fois solaire et lointaine. Elle interprète à merveille cette femme qui tente de sauver les apparences par un détachement de façade mais que l’on devine détruite par des années de galère.

En allant voir ce film, je ne savais absolument pas que Steve Buscemi allait être de la partie. Autant dire que quand je l’ai vu apparaître à l’écran, je ne boudais pas mon plaisir ! Ça ne surprendra donc personne si je dis qu’il donne toute sa dimension au personnage de Del, pour qui on se prend de tendresse mais qu’on déteste aussi un peu. A la fois aidant et bienveillant avec Charley, ce presque-papi ne pourra toutefois pas s’empêcher d’être la petite crapule qu’il a été toute sa vie.

Et puis il y a Charlie Plummer. On ne sait pas d’où il sort, mais on a pas envie qu’il reparte tellement il crève l’écran par sa justesse, son innocence, sa blondeur et sa sensibilité. Charley n’est plus un personnage, parce que Plummer EST Charley. Il donne corps (et cœur) à l’histoire de cet ado que rien n’a épargné et qui a encore un long chemin à faire avant de pouvoir être enfin serein. L’acteur met en exergue toutes les blessures et les espérances du garçon, aussi à vif l’une que l’autre. Charlie Plummer reste LA révélation de ce film selon moi.

Alors c’est vrai, il y a quelques longueurs. Le film, qui fait déjà 2h, peut facilement en paraître 30 minutes de plus. Si cela a pu me « déranger » (parce que ce n’est pas vraiment le terme) par moment, il n’en reste pas moins que le rythme, relativement lent, correspond parfaitement au parcours de Charley qui se débattra longtemps, souvent en apnée, toujours sur ses gardes, mais avec une volonté de fer à aller de l’avant, coûte que coûte.

Andrew Haigh, dont je ne connaissais pas le travail, nous régale d’une photographie magnifique, toute en subtilité et en douceur avec des plans qui subliment son jeune acteur.
Enfin, mention spéciale à la bande originale composée par James Edward Baker, et la sublime reprise de World’s Greatest de R.Kelly par Bonnie Prince Billy.

Je pense que je n’ai plus qu’à vous souhaiter une bonne séance héhé 🙂 !

Le Joli

La Route Sauvage (Lean on Pete) – Andrew Haigh – 2018

Lean on Pete

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15 réflexions au sujet de “La route sauvage (Lean on Pete)”

    1. J’espère que tu auras l’occasion de le voir parce qu’on passe vraiment un très beau moment. Ne serait-ce que pour découvrir le talent de Charlie Plummer, il faut voir ce film !
      J’ai lu des articles où on le compare au niveau River Phoenix ou encore à Leonardo Di Caprio jeune. Alors autant par rapport au premier je ne peux pas m’exprimer parce qu’à part Indiana Jones je n’ai vu aucun de ses films (et encore, je viens de regarder sa filmo, je ne me souvenais même pas qu’il avait joué dedans^^), autant je trouve que Charlie Plummer est quand même différent de Di Caprio. Alors bien sûr, on sent de deux côtés une sensibilité à fleur de peau, mais elle ne s’exprime pas du tout de la même manière. Di Caprio avait un côté beaucoup plus enragé (je pense notamment à Basketball Diaries), Plummer est beaucoup plus dans la retenue et ça le rend encore plus émouvant je trouve.

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      1. C’est noté !
        D’accord. Je ne connais pas trop River Phoenix non plus (je viens de regarder sa filmo aussi). Et je ne connais pas Basketball Diaries… C’est bien, je découvre des choses. En tout cas, tu en parles vachement bien.

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        1. Merci beaucoup c’est gentil 🙂 ! Autant j’aime vraiment voir de tout, autant je trouve important de parler de ces petits films qui passent souvent un peu inaperçu. Je trouve ça dommage parce qu’ils pourraient vraiment touché un public assez large je pense. Ca parle de la vie quoi !

          Ah et pour Basketball Diaries c’est un des premiers films de Di Caprio je crois. C’est mon cher et tendre qui me l’a fait découvrir (j’était étonnée d’ailleurs !), si mes souvenirs sont bons c’est basé sur une histoire vraie (c’est pour ça qu’il l’a vu du coup^^). C’est un beau film, à découvrir aussi, mais assez dur quand même

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          1. Et comme j’ai un faible pour les films qui parlent juste de la vie, ça devrait bien me plaire !
            D’accord, c’est noté aussi ! ^^ Je ne crois pas avoir vu tant de premiers films de DiCaprio que ça… A part Gilbert Grape et le film sur Rimbaud et Verlaine.

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              1. C’est un film dans lequel DiCaprio joue le petit frère de Johnny Depp. Le personnage de DiCaprio a un retard mental et celui de Johnny Depp doit s’occuper de la famille (je crois que le père est mort et que la mère… est là, mais ne s’occupe pas de ses gosses). Ça fait longtemps, mais j’en ai le souvenir d’un film touchant.

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                1. Mais ouuuui ! C’est bon je vois totalement maintenant. Je ne l’ai effectivement pas vu mais j’en avais entendu parlé, et c’est vrai que ça avait l’air touchant. J’avais complètement oublié ce film merci !!!

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      2. Effectivement, Charlie Plummer fait beaucoup penser à River Phoenix. Dès la première scène quand il sort courir, ça m’a fait penser à A Bout de Course, chef d’oeuvre méconnu de Sidney Lumet.
        A ne pas louper dans sa filmo qui compte aussi le très beau Stand By Me ou le sublime My Own Private Idaho (Gus Van Sant). J’ai vu Even Cowgirls get the blues dernièrement, j’étais très déçu.

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