Cinéma

Dupieux au poste!

Un nouveau Quentin Dupieux ! Formidable ! Un peu de peps, un peu d’incongruités, un peu de décalage font toujours bon ménage !

Le film s’ouvre sur un chef d’orchestre, en slip, devant ses musiciens, en pleine campagne. On profite de cette séquence de générique pour dévoiler maîtrise et absurdité. Ce chef d’orchestre, poursuivi par la police en fin de plan, c’est un peu Dupieux, chef de film barré.  On annonce le virtuose qui fait tâche, le marginal artistique. L’ambiance policière de l’intrigue est amorcée mais intérieurement on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre cet homme et la place qu’occupe Dupieux dans le paysage cinématographique actuel. Bref, le ton est donné.

MV5BYzlmMTFjYWQtNDgxMC00Zjk2LWI2MDctYjU4YWEyYzEyZGEwXkEyXkFqcGdeQXVyNTc5OTMwOTQ@._V1_Routine habituelle, on va retrouver ici une mise en scène à la fois étudiée et malmenée, histoire de tracasser un peu le spectateur (même s’il est difficile de détrôner le génial Réalité, au top dans cette catégorie). Pour ça, il tord les règles du temps et nous offre une pléthore d’humour.

Le casting nous annonçait la couleur par rapport à ce dernier point, Grégoire Ludig, Benoit Poelvoorde, ou encore Monsieur Fraize, tous gage de fraîcheur et de valeur. Mais Dupieux s’offre aussi malgré tout quelques têtes qu’on n’attendait pas forcément : Anaïs Demoustier (sympathique dans ce petit rôle d’idiote) et Orelsan (je suis polie, pas de commentaire sur la prestation du dit jeune homme). Le mélange rend bien, on nous donne des gags, subtils ou non, à la minute. Narrativement parlant, le comique de répétition, les interventions insensées et des dialogues à mourir de rire se mixent bien avec ces personnages loufoques. Tour à tour, ils deviennent « l’imbécile » de la séquence, s’arrêtant sur des détails grotesques, et rendent les scènes particulièrement drôles. Chacun incarnera aussi, sur un moment donné, le regard et la réflexion du spectateur – merci de ne pas nous laisser seul – faisant remarquer l’absurdité de certains éléments, soulignant des tics verbaux ridicules ou explicitant des expressions saugrenues. Petit conseil : ne soyez pas surpris si vous attrapez le « c’est pour ça »…5591414

Tout ça, c’est un peu la base dans un film de Dupieux, on aime retrouver cet humour décalé, caricaturant évidemment notre jolie société au passage. En revanche, il ne serait rien sans une autre constante du réalisateur : aberrations narratives et temporelles.

Au-delà de nous sortir des anachronismes à gogo dans cette ambiance au teint carotte des années 70, Dupieux nous perd un peu plus largement dans les limbes du temps. On ne pourrait pas affirmer clairement dans quelle époque ou dans quel lieu nous sommes. S’il choisit de nous égarer visuellement avec des éléments simples, que ce soit avec des inventions d’un temps ou mode vestimentaire d’un autre, il se permet également de le (re)faire au sein de l’histoire. Pour justifier son témoignage suite à la mort d’un homme, le personnage de Grégoire Ludig se voit raconter l’ensemble de sa nuit au commissaire Poelvoorde. La technique traditionnelle du flashback surplombée d’une voix off aurait pu fonctionner mais Mr-Oizo-réalisateur s’en sert différemment. Le témoin et le policier seront mêlés tous les deux au souvenir. Ils le verront, l’entendront, le commenteront en temps réel et surtout interviendront ensemble dans celui-ci. Les personnages deviennent donc spectateurs de leur propre mise en scène, passée ou future, et s’entremêleront dans des situations gagesques au sein de cette bouillie temporelle.

5b44dce555326925480056fbRien de surprenant quand on aime être déstabilisé par Dupieux donc. Le seul (énorme) hic résidera dans son choix final, dans cette dernière partie du film qui n’a rien à voir, et ce, même en appréciant l’incohérence cinématographique volontaire au sens large.

Pour agrémenter le tout d’un tour de passe-passe surprenant, Dupieux, habituellement inattendu et atypique, choisit ici une fin discutable et décevante à mon sens. On frôle le « mais en fait c’était un rêve ». Quentin, si tu ne savais plus comment finir, j’aurais préféré que tu le dises. Je ne spoilerai pas…Au Poste est un film à voir, purement et simplement car le cinéma français n’a que trop peu d’œuvres de ce genre et qu’il faut savoir en profiter. Mais pour cette chute, il semblerait qu’on soit tombé dans la facilité et c’est un peu dommage. Quand l’incohérence est au service d’une narration incohérente, tout va bien. Mais là, l’incohérent n’a pas de rôle et ne justifie rien, mis à part la flemme ou le foutage de gueule. Ce qui, soit dit en passant, pourrait absolument être voulu par le réalisateur.

Quoi qu’il en soit, si amour du décalage et humour douteux tu apprécies, il est malgré tout impossible de passer à côté de ce tout petit (1h13) film, tout droit sorti de l’univers incontrôlable de Dupieux.

La Moustache

Au poste ! de Quentin Dupieux – Sortie le 4 juillet 2018738_vignette

Publicités

3 réflexions au sujet de “Dupieux au poste!”

  1. J’ai découvert Quentin Dupieux avec ce film (et pour l’instant, je n’en ai pas vu d’autres…) et j’ai passé un très bon moment. L’absurde et cet humour m’ont bien plu. En revanche, la fin (comme la scène d’ouverture) m’ont bien laissée dubitative.

    Aimé par 1 personne

    1. Et bien je te conseille fortement son film Réalité alors 🙂 c’est absurde et bien barré mais l’ensemble reste homogène (c’est à dire incohérent mais dans une même ambiance 🙂 ). Là j’ai trouvé que c’était facile de dire « mon film est loufoque parce que je fais une fin comme ça », le film n’avait même pas besoin de ça pour être bon dans son genre…Après, mis à part ça, j’ai adoré le reste, ça reste quelqu’un de talentueux malgré tout!

      Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s