Cinéma

Gaspar Noé n’est pas à son (cli)max…

Aller voir Gaspar Noé au cinéma, c’est un peu prendre le risque de s’en prendre une ! A partir de ce principe-là, on s’attend à une construction un peu marginale du film, et quand on attend, on peut malheureusement être un peu déçu. Même si le film dispose d’énormément de ressources, il débutera lentement pour s’immiscer dans une tragédie  provoc’ en deux actes

L’introduction est simple : un premier plan, vu de haut, dans la neige, une femme marche dans un mélange de grâce et de souffrance. Étonnement, cela ressemble à un plan de fin. « Étonnement » oui et non. D’un simple point de vue formel, oui. Et à la fois, Noé a déjà débuté par son générique de fin, quoi de plus logique alors pour nous rappeler que le réalisateur a cette légère habitude de bâtir narrativement ses films à l’envers. Inutile de mentionner Irréversible et Love, dont les trames inversées illustrent parfaitement le propos.

Ce premier plan sorti de nulle part donc, nous ne le reverrons jamais, il prendra simplement son sens plus tard. Processus d’analyse récurrent chez Noé, rien n’est montré au hasard, jamais (ou presque). On passe alors au second plan : une télé à l’ancienne entourée de livre et de VHS. Ces objets aussi ne sont pas là pour rien Hara Kiri, Suspiria, Zombie, Suicide Mode d’EmploiL’aventure hippie,… autant de titres annonciateurs qui entourent l’œuf de l’histoire et le font baigner dans les ténèbres. Dans cet écran qui crépite, des entretiens avec plusieurs jeunes danseurs. On comprend assez vite qu’on les interroge sur leur vision de la danse, du groupe, de l’amour, du sexe, de l’homosexualité, de la drogue. Le ton est donné, on retrouve ici les thèmes et, finalement, à peu près toute l’histoire du film.

829364Enfin, c’est parti. L’ambiance se lance avec un plan séquence très long et très bien cadré sur une scène de danse. Chaque personnage précédemment exposé se retrouve dans cette vieille salle des fêtes. Sexe, orgie, collectivité, amitié. Ils s’amusent, s’échauffent et sont tous doués dans leur genre. Danseurs extraordinaires, ils ne se prouvent rien, ils partagent ensemble la joie de l’art. On passe alors le reste de la soirée avec eux, par binôme on les voit papoter, s’observer, rigoler, se rêver, se désirer, s’exciter, se fantasmer. Si on n’était pas chez Noé, on croirait à un teen-movie, mises à part les histoires de cul et quelques amorces d’intrigue, on s’ennuie ferme. C’est si long qu’on perd même le sens du but recherché. Que doit-on tirer de ces jeunes aux personnalités mi-enjouées, mi-détestables ?

Second round. Le climax a été atteint et il semblerait que la sangria ait été souillée par une quelconque drogue. Le « paradis » devient « enfer », enfin c’est ce qu’on veut nous faire croire. Objectivement, les ambiances visuelles et les cadrages sont absolument fabuleux dans cette deuxième partie. On va accompagner la chute violente et agressive de cette troupe dans des mouvements de caméras magistralement menés, à l’endroit, à l’envers, de côté, dans des plans séquences, certes interminables, mais d’une beauté rare. Lumineusement parlant, on est face à une qualité bien trop peu exploitée au cinéma. Leurs humeurs sont visuellement affichées à l’image.

climax-crame-contre-crame-gaspar-noe-est-son-top_exact1900x908_lC’est là que Gaspar Noé peut être salué, c’est un génie dans la forme mais admettons-le ici, son fond de vieux provocateur n’en finit pas et lasse. La maîtrise de la mise en scène ne parvient pas à nous faire oublier les longueurs. Ces temps infinis sur la déchéance humaine, les effets de la drogue, la solitude profonde de chaque être ou simplement sur le plaisir de montrer une nuit de déglingue donnent le coup fatal à ce film un peu creux. J’ignore si la morale du film réside d’une quelconque façon dans la déception du monde de la danse, qui se révélera finalement individualiste, bagarreur et sexuel. Une confrontation de ces deux parties entre l’esprit fédérateur de l’art et la cruauté qui en découle pour faire sa place. Ou, si on est tout bonnement dans une démonstration d’anticonformisme explicitant le mot « climax » et du plaisir de choquer.

On l’a compris cette deuxième partie montrera crescendo des actes et des personnages destroy et se terminera par un unique « vainqueur ». Le jour se lèvera, l’écran retrouvera enfin une vraie lumière et on devra se contenter d’un stop net, après une succession de plans des personnages en cette douce fin de soirée. Commencer par le générique ne pouvait que nous promettre une fin brute…

L’humour de Noé, pardon, son habitude à vouloir déranger, se retrouvera aussi dans la multiplication de cartons ponctuant le fil du film, sur la base de petites phrases bien senties : « A ceux qui nous ont fait et qui ne sont plus », « Vivre est une impossibilité collective », « Mourir est une expérience extraordinaire ». Si, de prime abord, nous pouvions penser à des élans poétiques et philosophiques, la prolifération de ce genre de mots finit par être vide de sens, elle aussi, et interroge un peu plus.

Alors pour finir, bien évidemment, si amateur de bonne réalisation vous êtes, je vous invite fortement à voir ce très bon spot anti-drogue. Vous vous régalerez d’une esthétique bien trop rare ! Si en revanche, vous êtes à la recherche d’un scénario bien établi et d’un esprit cocooning, il faudra repasser.

La Moustache

Climax de Gaspar Noé – Sortie le 19 septembre 2018Climax-de-Gaspar-Noe-la-critique

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s