BD, Littérature

D’un Renoir à l’autre

Quand les Editions 21g nous ont proposé D’un Renoir à l’autre, j’ai tout de suite éprouvé un plaisir certain à me replonger dans l’univers des deux artistes, Pierre-Auguste peintre et Jean réalisateur. C’était sans compter sur la volonté de la collection «Destins d’Histoire» d’amener à raconter la vie des grands noms via leur quotidien. En effet, si vous hésitiez, je vous le confirme, tout l’intérêt est là : retracer les chemins artistiques des deux hommes ne nous est permis qu’en retraçant leur histoire propre, à travers la grande Histoire, leur parcours d’homme, de père, de fils, d’amant, d’ami et surtout d’humain.

Renoir-page-012-771x1024L’aventure commence par une préface de Jacques Renoir, arrière petit-fils et petit-fils de, qui finit de nous indiquer que l’aspect authentique et familial guidera définitivement les pages de cette bande dessinée, à l’image des deux protagonistes.

Si de prime abord, cette BD de 120 pages peut paraître un peu formelle, c’est à travers le joli tracé crayonné de Jak Lemonnier qu’il faut se laisser porter. Comme pour nous rappeler que l’image se construit petit à petit, trait par trait, on se retrouve dans un dessin esquissé et travaillé aux faux airs de croquis de peinture ou de storyboard, emplie des couleurs fidèles à l’univers des Renoir : douces et naturelles.

PlancheS_62467Ponctué par les citations de Pierre-Auguste et Jean sur ce qui construit les hommes et sur ce qui les construit eux-mêmes, ce livre traversera les moments clés de leur famille, les rencontres importantes mais également l’impact de moments simples de leur vie sur leurs œuvres. On nous confie les valeurs de ces hommes, fidèles à leurs amis, les pieds sur terre. Cet équilibre participera à l’émergence de leur plus grande ligne directrice : le vrai mieux que l’imagination.  Une réalité toujours mise en avant, une véritable matière première animée à travers les impressions de l’un, et l’onirisme de l’autre.

Loin des intellectuels, les décrivant comme « empoisonnant le monde », ils feront partie de ceux qui « ressentiront » leur art, en avance sur leur temps avec les avantages et les inconvénients que cela implique. De la misère à la reconnaissance, des critiques insensibles au succès, Eddy Simon nous embarque dans leur parcours commun. Dans cette esthétique « Renoir » qui a vu le jour, esthétique naturelle et réelle empreinte du plus profond de leur esprit.

Une construction en plusieurs chapitres nous invite à (re)découvrir la vie de Pierre-Auguste, de Jean, dès leur plus jeune âge, entremêlée de courtes séquences père-fils, remplie de simplicité mais particulièrement parlante. La mort du père n’arrivera qu’à la fin seulement, comme une conclusion, pour comprendre leur lien fort, autant affectif qu’artistique, une compréhension finale illustrée parfaitement avec cet échange :

« –  Jean, je crois que je commence enfin à comprendre…

– Moi aussi, père ! »

Pour les plus novices, cette BD fait figure d’une très belle initiation aux mouvements artistiques, à leurs œuvres majeures et aux grands noms de leur époque. Cézanne, Bazille, Zola, Monet, Michel Simon, Jacques Prévert, Marcel Pagnol, Aragon et bien d’autres encore croisent alors le destin des deux hommes et permettent une mise en contexte historique et humaine de la naissance des mouvements. Si les échanges avec ces amis fixent les valeurs essentielles et révèlent les influences communes de ces amoureux de la peinture et du cinéma, ils (ré)ouvrent également la curiosité du lecteur à d’autres artistes importants.

Renoir-page-061-762x1024Cette bande dessinée aussi douce qu’intimiste, vous plongera alors dans le quotidien de ces deux monstres sacrés, ayant passé leur vie à prendre le temps de suivre leur instinct, réfléchi et talentueux. Visuellement, on glissera naturellement dans leur univers oscillant entre des vignettes aux allures de croquis et reconstitutions de leurs œuvres. Toutefois, on regrettera des instants d’existence plus développés, tout en sachant qu’il est parfaitement difficile de condenser des décennies d’histoires sur deux artistes aussi riches de vie. Dure loi de la biographie, on a toujours un goût de trop peu, et avoir un goût de trop peu sur une BD de 120 pages c’est plutôt bon signe, alors n’attendez pas, laissez-vous aller au fil de l’eau de la vie des Renoir.

La Moustache

D’un Renoir à l’autre – Eddy Simon et Jak Lemonnier

 

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6 réflexions au sujet de “D’un Renoir à l’autre”

    1. Je t’avoue que je suis un peu allergique aux biographies, et même autobiographies, en tout genre aussi. Ca me botte pas spécialement, j’aime les créations originales et bien faites, donc je peux comprendre ton point de vue. En revanche, sous le format BD ça reste beaucoup plus digeste et ludique, vu que le support exige des partis pris visuels et narratifs. Bon bien sûr, faut aimer Renoir père et fils pour avoir la motivation je pense.

      Aimé par 1 personne

      1. Pour les biographies, et surtout les biopic au cinéma, je trouve que c’est souvent très formel. Du coup, des fois, c’est intéressant et bien joué, mais ça reste souvent très classique sur la forme.
        Mais là, je suis curieuse. Peut-être qu’elle sera à la bibliothèque, ce serait l’occasion.

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