Cinéma

La tête en friche

Si on ne trouve pas que de la qualité sur Netflix, cette plateforme a au moins le mérite de me faire découvrir des films que j’aurai voulu voir il y a pas mal de temps. Alors l’une de mes devises quand je pénètre dans cette antre aux (re)découvertes est : « Il n’est jamais trop tard » !

C’est dans cet état d’esprit que j’ai lancé un film qui était sur ma liste depuis longtemps : La tête en friche, de Jean Becker. Sorti en 2010 dans les salles obscures, cette adaptation du livre éponyme de Marie-Sabine Roger nous permet d’assister à la rencontre et à l’amitié naissante entre Germain, homme à tout faire dans un petit village et Margueritte (avec deux T ! ), une vieille dame de la maison de retraite du coin.

la-tete-en-friche.20170228031534Germain a toujours vécu ici. Fils d’une mère qui n’avait pas envie d’un enfant – ou en tout cas de cet enfant-, sans père, et risée de son instituteur et des élèves de sa classe, il n’a pas vraiment grandi dans un climat de bienveillance. Sans cesse rabaissé et ramené à sa condition de bon-à-rien né, il est sorti très tôt de l’école pour enchaîner les petits boulots dans le village. À 45 ans, il alterne donc entre les marchés, les virées au bistrot où il retrouve ses copains et les nuits d’amour avec sa copine Annette dans la caravane qu’il habite sur le terrain de sa mère. Une vie qui lui convient en apparence, même si elle est ponctuée des petites moqueries des villageois (eh oui, l’intolérance a malheureusement la tête dure, même sous-couvert de l’amitié) et surtout des souvenirs douloureux de son enfance et de sa relation avec sa mère. Alors pour s’évader un peu, chaque jour, Germain va s’asseoir sur un banc du parc du village, et il compte les pigeons.

Sur ce banc, quelqu’un d’autre vient passer un peu de bon temps. Ce quelqu’un, c’est photo-la-tete-en-friche-2Margueritte.
Après une vie bien remplie d’aventures, de recherches (c’était son métier), de voyages et de lectures, elle vit désormais seule dans la maison de retraite du village.
Ne lui restent de son passé que des photographies, et surtout, des étagères remplies de livres, qu’elle continue de lire encore et encore, dans sa petite chambre et surtout, sur le banc dans ce petit parc. Chaque jour, à la même heure, la voici qui s’installe tranquillement, un petit coussin sous les fesses, pour plonger dans l’une de ces histoires qu’elle aime tant , tout en se laissant bercée par les roucoulements des pigeons jamais bien loin.

Ce sont donc les pigeons qui vont réunir ces deux oiseaux-là. Drôle de prétexte pour une rencontre qui n’aurait sans doute pas eu lieu dans d’autres circonstances. Et pourtant, Margueritte et Germain, malgré leurs parcours de vie diamétralement opposés, étaient comme deux âmes-sœurs destinées à se retrouver tôt ou tard.
Tout de suite la vieille dame va deviner toute la sensibilité qui se cache sous cette montagne bourrue qu’est Germain. Lui à l’inverse, est très vite touché et révolté par la solitude de sa nouvelle amie. Leurs petits rendez-vous deviennent vite un moment privilégié qu’ils ne manqueraient pour rien au monde. Un petit secret et un havre d’amitié qui leur est très précieux et les fait s’évader un peu de leurs soucis quotidiens. Un petit secret qui permettra à Germain de se réconcilier avec les livres (et surtout les mots), et à Margueritte de briser la solitude qui la mange un peu plus chaque jour (sans pour autant manger son enthousiasme et son doux sourire).

J’aurai mis du temps, mais je ne saurai dire à quel point je suis heureuse d’avoir enfin pu voir ce très joli film ! Jean Becker signe une adaptation toute en finesse et en subtilité, sans autre prétention que de raconter ce que la vie peut faire de beau avec des choses toutes simple.
Je n’ai pas (encore) eu l’occasion de découvrir le livre de Marie-Sabine Roger, mais je me plais à me dire que chacun des personnages qu’elle a imaginé a su être dorloté par le réalisateur et les parfaits interprètes qu’il leur a déniché !

Parmi ces interprètes d’ailleurs, j’appelle ceux de nos deux protagonistes : Margueritte et Germain. Bien sûr, on ne présente plus Gisèle Casadesus et Gérard Dépardieu. Que pourrait-on dire qui n’a pas déjà été évoqué sur ces deux monstres du cinéma français ?
Je me contenterai donc de souligner à quel point, chacun à leur manière, ils contribuent à donner vie et matière à leurs personnages.
Deux monstres de justesse, de sincérité et de sensibilité. Tout est là, et ça nous embarque. Leur amitié est tellement improbable et pourtant si évidente. Il y a tant de choses qui se passent entre ces deux-là, tant de choses qu’on perçoit alors qu’ils ne disent rien. Ce banc est leur refuge, les livres leur exutoire, les pigeons leurs compagnons.

19427250.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLes personnages secondaires ne sont pas en reste non plus. Chacun a un petit truc à apporter au film. Ce petit détail qui fait qu’à la fin, on a l’impression de faire partie du village, qu’on est emmené dans un tourbillon d’émotions. Nous aussi on a envie de faire des parties de fléchettes avec les gars du bistrot, nous aussi on a envie de consoler Landremont qui ne se remet pas de la mort de sa femme, nous aussi on aime Francine, nous aussi on aime la douceur d’Annette. Ils sont tous là, avec leurs qualités et leurs défauts. On a envie de les serrer dans nos bras ou de leur donner une bonne claque qui les remettrait en place quand ils vont trop loin.

Comment ne pas être touché par tant de normalité ? Comment ne pas se reconnaître un peu dans chacun de ces humains, tous un peu abîmés par la vie, mais qui continuent leur chemin ? Comment ne pas voir, sous les traits de ce Depardieu bedonnant, un enfant qui n’a jamais eu l’amour qu’il aurait pourtant mérité ? Comment ne pas se sentir tout rikiki sous le regard de cette vieille dame toute petite par la taille, mais tellement grande finalement ?

J’ai aimé ce film. Beaucoup. Vraiment. Autant que j’aime la vie (souvent), les gens (parfois) et le cinéma (toujours). Alors merci Marie-Sabine Roger pour cette jolie histoire, et merci Jean Becker pour cette belle adaptation 🙂

Le Joli

La tête en friche – Jean Becker (2010)

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14 réflexions au sujet de “La tête en friche”

  1. Merci Le Joli ! Mon dernier film »Le Collier Rouge » n’ayant pas bien marché cela m’a fait un grand bien de lire votre article car je voulais peut-être arrêter là ! Vous m’avez redonné courage
    et l’envie ! Merci encore et trés Bonne Année ! Jean Becker

    Aimé par 3 personnes

    1. Merci pour votre message ! Je suis vraiment ravie de savoir que vous avez pu me lire et que cette petite chronique vous a plu ! Je vous souhaite une très belle année, pleine de beaux projets comme celui-là 🙂

      Pour ma part, je vais m’atteler à parfaire ma petite culture concernant votre filmographie !
      A bientôt 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. Oh si tu savais comme j’ai été touchée de lire son message hier ! Je sais d’ores et déjà vers quels films je vais m’orienter dans les prochains mois (d’ailleurs « Le Collier rouge » était sur ma liste depuis un moment, ça tombe bien !).
      En tout cas je suis vraiment contente de t’avoir donné envie de voir ce joli film, et j’espère que tu repasseras par ici pour me donner ton avis à ton tour 🙂

      J'aime

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