Cinéma

Dans la cour avec Kervern et Deneuve.

Avant de découvrir Dans la cour de Pierre Salvadori, j’avais cette impression lointaine que le titre allait, à travers une petite histoire drôle et sympathique, me parler des humains, révélant la touche d’humour de Gustave Kervern qu’on lui connait si bien et décalant la frigidité légendaire de Deneuve.

Alors oui, mais non! C’est beaucoup plus finement que le film m’a bercée dans une humanité à la dérive, et ce, bien loin d’un quelconque côté loufoque. A la place, cette fable m’a surprise et à défaut de me faire « marrer »,  elle aura eu l’audace de me faire sourire, de me toucher et de m’émouvoir.

Ça commence à être une très bonne habitude de Salvadori d’amener la comédie dans des recoins plus subtils et surtout moins conventionnels que les nombreuses propositions grotesques auxquelles on peut assister généralement. Il réunit ici de nombreux codes pour les emmener exactement là où on ne les attend pas. Déjà par sa sélection d’acteurs. Je cite Gustave Kervern – binôme de Benoît Delepine à la tête du Groland ou des films Mammouth, Le Grand Soir et bien d’autres – habitué à nous surprendre par un humour décalé, parfois hard et souvent sensible. A ses côtés, Catherine Deneuve – qu’on ne présente plus merci – accoutumée aux rôles élégants et souvent froids. Ici, à contre-emploi, on verra évoluer un Kervern qui ne parle pas fort, ne fait pas de vague, dit oui à tout, pas contrariant pour deux sous, et une Deneuve fragile, en manque de confiance, s’en remettant aux autres pour exister.

dans-la-courJe me doutais que leur présence serait efficacement utilisée, que le scénario serait bien ficelé, mais sans vraiment savoir où j’allais atterrir. C’est sans résistance que j’ai suivi Antoine (Gus Kervern donc) dans sa fuite de l’humain, d’abord des autres, puis de lui-même, résolu à se trouver une place, n’importe laquelle, où il pourrait vivre sans vraiment le faire. Alors, en trouvant ce poste de concierge dans un petit immeuble parisien, bourgeois mais pas trop, il se verra confronter à tout une petite famille de personnages qui, comme lui, tentera d’exister, d’une manière ou d’une autre.

Mathilde (Cathoche) est en dépression post-retraite et cherche l’occasion de pouvoir être à nouveau importante, en dehors de son mari, aux yeux des autres. Un squatteur russe forcera les portes pour être au chaud. Pio Marmaï en voisin drogué, cherche à ne plus réfléchir à sa vie après avoir frôlé les sommets. Un autre pointera du doigts les moindres problèmes pour se sentir essentiel à la co-propriété. Les bases sont posées et vont, évidemment, évoluées.

Étrangement, rien de glauque ni de déprimant. Salvadori nous lance dans une histoire mignonne, cruellement quotidienne, qui va se révéler touchante dans sa façon de sombrer dans une routine mélancolique, liant les uns aux autres, nous amenant fatalement sur cette fin dont je ne dirai rien, qui bouleverse et qui étonne.

dans-la-cour-de-pierre-salvadori-ici-catherine-deneuve-et-gustave-kervern_4883801La beauté du film réside dans l’espoir, dans la volonté d’y croire encore et toujours (pour tous), nous dire que ça peut fonctionner (pas forcément pour tous). Nous rassurer sur le fait qu’on est tous un peu paumés, tous un peu sensibles, tous un peu désabusés ou décalés ou triste. Nous montrer qu’il est beau de se confronter, de côtoyer d’autres êtres, de ne pas en exiger trop, d’avoir conscience des coups et des blessures, de prendre soin des autres tant qu’on peut et surtout compter sur eux, parce que l’humanité, c’est beau, dans tout ce qu’elle peut avoir d’imparfait et de parfait.

J’aimerai pouvoir vous conter l’état dans lequel m’a mise ce film, moi petite âme amoureuse de l’humain, convaincue que notre relation aux autres est une richesse, une clé pour comprendre et se comprendre. C’est avec une délicate tristesse que je suis sortie Dans la cour, car, comme dans cette réalité, Salvadori nous montre que tous les destins sont, même si liés, différents, pas nécessairement joyeux, ni excessivement tristes. Pas de généralité donc, juste un puzzle de faits et de rencontres, loin des standards cinématographiques.

Je vous laisse découvrir, aussi vite que possible, cette petite douceur filmique que j’avais encore laissée filer à sa sortie. Belle erreur de l’époque, formidable découverte d’aujourd’hui!

La Moustache

Dans la cour de Pierre Salvadori_c_roger_arpajou4.jpg

7 réflexions au sujet de “Dans la cour avec Kervern et Deneuve.”

  1. J’ai vu récemment et aimé En Liberté ! de Salvadori, et Dans la cour me tentait assez. Mais comme Deneuve à tendance à me crisper (pour aucune raison valable), j’hésitais… Finalement, je vais peut-être voir s’il est pas à la bibliothèque 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Et bien, pour être dans la même team « Je trouve Deneuve antipathique » je t’assure qu’étrangement elle est bien dans le film (si j’avais cru dire ça un jour 🙂 ) et surtout on finit par oublier que c’est elle. Idem pour En Liberté j’ai adoré sans m’y attendre, il semblerait que Salvadori me plaise beaucoup finalement =)

      Aimé par 1 personne

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