Cinéma

Tout ce qu’il me reste de la révolution.

Tout ce qu’il me reste de la révolution c’est un peu le film qui te rassure au niveau de la capacité française à construire de bons films. Sans crier gare, le premier long métrage de Judith Davis s’est faufilé, sans forcer, dans mes petits coups de cœur de ce début d’année. Le principe est simple, le film est parfaitement équilibré, on ne s’attarde pas, on nous montre juste ce qu’il faut. Tendant à la fois vers la comédie romantique, familiale, politique et sociétale, il parvient malgré tout à trouver son juste milieu, celui qui vous fait du bien aux yeux et aux oreilles pendant 88 minutes.

0548697.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxSur fond de « la société est à chier », Judith Davis va désacraliser ici la politique, nous montrer qu’avoir des convictions personnelles et militer est important face aux gens qui ont démissionné de leurs idées. Elle rendra tout ça accessible avec la constitution d’un petit groupe de personnages, tous aussi différents qu’attachants, révéler les incohérences de manière ordinaire et humoristique, quitte à le tourner aussi au ridicule parfois.

Le film résonne de la bonne manière et pose les questions de notre quotidien, notamment en ces temps d’instabilité et de colère sociale. Où se trouve la frontière des possibles, entre la réalité et nos opinions, à quel instant se résigner ou non ? On oscille entre la lâcheté des gens qui ne disent plus rien et l’exagération des gens qui ne vivent que pour défendre des idées. Tout doucement, le film souligne sobrement le fait qu’être en colère peut être plus facile que de lâcher prise.

Ainsi, on joue sur les mots, sur les contradictions de la vie, de la ville, du travail, de l’hypocrisie de cette société qui nous culpabilise et nous enfonce en même temps. C’en est trop pour Angèle (interprétée par la réalisatrice elle-même), militante engagée et enragée, ni trop jeune, ni trop vieille, qui subit le poids des reproches des aînés mais, surtout, des normes sociales qui l’oppressent depuis sa plus tendre enfance. Histoire de famille pas plus compliquée que chez tout le monde, mais justement ! On observe ici les petits traumatismes de la vie et du passé sur chaque être humain. Pour Angèle, c’est une maman qui a déserté. Alors, elle se bat contre elle et contre les autres.

MV5BMWJmN2VhNWEtM2UyOS00OGYxLWEwYzctODA0NTlhNGE0NzRlXkEyXkFqcGdeQXVyNTc5OTMwOTQ@._V1_SX1777_CR0,0,1777,960_AL_Toute cette énergie folle, Judith Davis l’a, non seulement maîtrisée, mais l’a sensiblement bien mise au service de son personnage et de son film. Prendre le risque de passer derrière la caméra, tout en restant devant, est toujours aléatoire, ça passe ou ça casse, c’est tout en finesse ou c’est prétentieux. Heureusement ici, sans grand suspens, Tout ce qu’il me reste de la révolution coche les premières options. La direction d’acteurs est parfaite, les personnages d’Angèle, de sa sœur Noutka (jouée par Mélanie Bestel), et de sa meilleure amie Léonor (campée par une formidable Claire Dumas) ont ma préférence mais n’enlèvent rien au très bon jeu des autres. Une légère utilisation de la caméra à l’épaule est un peu maladroite parfois mais c’est très secondaire face à un joli travail des couleurs. Une réalisation simple qui va subtilement à l’essentiel, avec juste ce qu’il faut de relief.

Alors on file à travers la trame aux côtés d’Angèle, comme un(e) ami(e) ou un(e) cousin(e), on la comprend, on s’y attache, elle nous agace, elle nous attendrit. Et enfin, comme elle,  on se tait, on devient spectateur(rice) du monde, de notre entourage et on prend conscience qu’il n’y a « pas un sens, mais plein de sens ». Cette phrase fera longtemps écho en moi, tout comme celle-ci « la vie et les gens sont absurdes, ça n’empêche pas de se battre ». Se révélera logiquement une quête d’identité (commune à tous) entre ses convictions, les idées reçues, sa place dans une famille, ce qu’on apporte, l’espace où l’on peut rejoindre les autres, l’espace qu’on peut laisser à un autre pour nous rejoindre? On glisse peu à peu de la lutte politique à une lutte plus personnelle.

En seconde partie du film, on a alors un effet miroir à la première. Ceux qui parlaient trop apprennent à se taire. Des silences s’accordent à plusieurs et compensent les flots rapides et drôles du début. C’est à ce moment que l’équilibre s’opère, l’humour fait place aux émotions sensibles et l’évolution d’Angèle, symboliquement reflétée par un rythme de mise en scène radouci, touchera à son but ultime.

On croise ici le destin de quelques clichés de la vie, qui montrent tous, sans exception, qu’absolument tout le monde a des soucis (physique, de conscience, professionnel, sentimentaux et j’en passe). Alors on relativise, on se dit que « chacun sa merde » mais qu’il est si bon le temps d’être ensemble, de partager le peu qu’on peut, de comprendre et de se comprendre. A voir, à voir, et à voir!

« J’ai de la peine quand je vois quelque chose de beau et que tu n’es pas là. »

La Moustache

                                 Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis                               Sortie le 6 février 20190650188

3 réflexions au sujet de “Tout ce qu’il me reste de la révolution.”

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