Littérature

Nous rêvions juste de liberté

J’ai souvent parlé ici de livres « coup de poing », de  claques littéraires, de coups de cœur. Il y a beaucoup de livres que j’ai dévoré, qui ont suscité chacun à leur manière des émotions différentes en moi. Tous ces livres je les ai aimé. Les refermer a souvent été un déchirement, en ouvrir un autre m’a parfois pris du temps.
Depuis mon plus jeune âge, je suis profondément amoureuse des livres, j’aime tous sentiments qui me traversent d’une oeuvre à une autre. J’aime être bousculée, secouée, attristée, enjouée par les auteurs et leurs mots.

Vous l’aurez compris, je ne suis que très rarement insensible à mes lectures, pourtant, comme toutes choses, certaines me marquent plus que d’autres. Le livre de Henri Loevenbruck m’a coupé le souffle.

1D06C829-87C2-48C9-ACAA-5C6E3CE99735.jpgHugo est un ado en conflit perpétuel avec le monde. Avec ses parents, avec la société, avec le directeur et le surveillant de son lycée catho de Providence, petite ville américaine sans âme où il se traîne  chaque jour.
L’ambiance n’est pas des plus dingue à la maison, surtout depuis que sa petite soeur Vera est morte, fauchée par une moto en pleine rue alors qu’elle tenait la main de sa mère. Alors pour ne pas avoir à contempler la tristesse quotidienne de sa mère et le silence mêlé de mépris de son père, Hugo a depuis bien longtemps élu domicile dans la caravane qui trône depuis des années sur le terrain de la maison familiale.
Au lycée de Providence, Hugo fait un jour la rencontre de Freddy. Il est un peu plus vieux que lui, il est charismatique, toutes les filles lui tournent autour et c’est le roi de la connerie. Autant vous dire que le coup de foudre amical est immédiat pour Hugo qui est complètement fasciné par son nouvel ami. Freddy va rapidement le faire entrer dans sa bande, dont on a vite fait le tour finalement puisqu’elle se compose de lui, d’Alex dit « La Fouine » et d’Oscar qu’on appelle aussi « Le Chinois ». Hugo devient « Bohem » (la faute à la caravane).

Très vite, tous les quatre deviennent proches comme des frères. Il faut dire que la vie les avait comme pré-destinés à se rencontrer tant elle les a déjà bien malmenés malgré leur jeune âge. Alors pour oublier le manque de fric pour la plupart, pour oublier que ça ne va pas fort à la maison pour d’autres, mais surtout pour se sentir vivre pleinement, la petite bande enchaîne les petites et plus grosses bêtises. Toujours en se marrant, toujours avec la fraîcheur de leur jeunesse. Rien n’est grave s’ils sont ensemble, rien n’est impossible tant qu’ils sont frères.
Hugo et Freddy sont comme liés par quelque chose de plus fort qu’eux. Alors en parallèle des moments de « vie commune » avec leur tribu, ils prennent l’habitude d’avoir « leur moment à eux ». Et c’est à moto que ça se passe. Tous les soirs, les garçons sortent en douce le bolide de Marco, le frère de Freddy, du garage familial pour une virée. Tous les soirs, Freddy aux commandes, Hugo bien accroché à son pote, les deux amis filent pleine balle. Tous les soirs, ils sont vivants.

Et puis, après l’énième connerie qui les aura attirés dans la mouise et pas qu’un peu, Hugo décide qu’il est temps de quitter Providence. Plus rien ne le retient ici, pas même ses parents. Alors lui et ses potes enfourchent leurs bécanes et ils partent, sans se retourner (ou presque).

C’est là que commence leur quête de liberté perpétuelle, ponctuée de rencontres plus ou moins heureuses, de conneries (oui, on change pas une équipe qui gagne hein), de soirées à la belle étoile, de beuveries mémorables, mais aussi des frasques de l’inénarrable et inarrêtable Oscar.

De bande, ils deviendront un clan, les Spitfires du MC Providence. Leurs couleurs elles sont d’abord écrites au feutre au dos de leurs blousons. Elles sont ensuite cousues après qu’un petit nouveau, Sam (dit « Prof »), leur en aura dessiné des dignes de ce nom.
Bohem est nommé Président du MC. De jeune gamin qui doit tout apprendre, il deviendra l’un des motards les plus respectés du pays. De ces deux personnes que tout semble séparer, il subsistera pourtant toujours un profond désir de liberté qui guidera Hugo toute sa vie.

Nous rêvions juste de liberté, c’est l’histoire d’un jeune gars qui voulait vivre sa vie à fond, pour qui l’amitié prévalait sur tout.

L’histoire n’a pas de cadre spatio-temporel. On sait tout juste qu’elle se déroule aux Etats-Unis. Cela ne fait que renforcer l’universalité de ce récit profondément habité par une soif inaltérable de liberté. Henri Loevenbruck, à travers Hugo et sa bande, nous donne envie d’enfourcher une moto et de partir à l’aventure.
Je suis très loin d’être une rebelle, c’est d’ailleurs tout juste si je ne verse pas une larme si je dois prendre le métro toute seule (Oui, bon, hein…). Pourtant, à chacune des pages que je tournais, je me sentais habitée par une envie de voyage, une envie de prendre le large, et d’essayer de retrouver le MC Providence et cette bande de copains. En fait, ce livre est un coup de pieds au cul à lui tout seul.
Au delà de ce qu’elle vous fait ressentir, de cette remise en question qu’elle opère en vous, cette histoire est aussi, et surtout, celle de l’amitié, et de tout ce que cela comporte. Ainsi, ces copains de la première heure, unis dans et par la merde, vivront tout ce que l’amitié a de génial et de moins sympa. La fraternité à toute épreuve, les pleurs mais surtout les éclats de rire à n’en plus finir, le serrage de coude mais aussi la trahison.

Nous rêvions juste de liberté est une bouffée d’humanité, une invitation à la vie à cent à l’heure, qu’on referme avec une belle boule dans la gorge, quelques larmes dans les yeux aussi, mais avec la reconnaissance d’avoir croisé la route de cette joyeuse bande de phénomènes, même si ce n’est qu’à travers les mots (très bien choisis par ailleurs) de son auteur.

Je vous invite plus que fortement à découvrir l’histoire de ces mauvais garçons sur deux roues, et j’espère que le cas échéant, vous aurez le sentiment, comme moi, d’avoir un peu grandi en leur présence, et que ce livre vous habitera encore longtemps après sa lecture, comme c’est le cas pour la petite lectrice que je suis.

Et je remercie aussi, et surtout, Ourse Bibliophile de m’avoir fait découvrir ce livre fantastique qui m’aura fait passer par une palette d’émotions que je n’aurais jamais pensé ressentir pour une seule et même lecture !

Le Joli

29 réflexions au sujet de “Nous rêvions juste de liberté”

  1. J’ai découvert l’existence de ce bouquin en cherchant des livres sur le thème du road trip, mais je ne l’ai pas encore lu. À force de lire des critiques comme la tienne, je sens que je ne vais pas tarder à aller me perdre dans ces pages…

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    1. Pour tout te dire, c’est un livre qu’on m’a prêté, avec d’autres, et je ne me suis pas jetée dessus au départ. Mais à partir du moment où je l’ai ouvert, c’était terminé, je pouvais plus décrocher ^^

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  2. De toute évidence, je n’ai pas lu la chronique – mais j’ai été ré-insister sur le titre dans ma longue liste de titres à garder en tête ! J’espère me le caser vite (et j’ai mis le lien de ta chronique de côté pour y revenir une fois que c’est fait !)

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  3. Cette intro… aucun lecteur, aucune lectrice ne peut rester insensible à tes mots ! En tout cas, ce sont de parfaits échos à ce que les livres provoquent chez moi.
    En tout cas, sache que j’ai actuellement la banane parce que je suis enchantée de t’avoir fait découvrir ce livre et de toutes les émotions qu’il a fait naître chez toi ! *fière de moi* Et sache aussi que j’applaudis à deux mains et à deux pieds, ta superbe chronique qui m’a prise aux tripes. Je vais peut-être le relire, tiens…
    J’aimerais lire J’irai tuer pour vous moi aussi. J’ai eu Nous rêvions juste de liberté avec Babelio (quel bonheur de découvrir totalement par hasard un tel bouquin !), il y avait eu une rencontre et il nous l’avait teasé (avec trois ans d’avance), il en parlait d’une telle manière qu’on avait l’eau à la bouche juste à l’écouter.
    Encore bravo !

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    1. Du moment que ça résonne chez toi, c’est déjà une grande réussite pour moi 😉 !
      Si tu comptes le relire, saches en tout cas que moi je compte bien l’acheter pour que cette petite merveille finisse par avoir une place bien à elle dans ma bibliothèque 🙂
      Merci encore, c’est grâce à toi !

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  4. Tu m’en avais parlé mais vraiment, ta chronique m’a confirmé le souhait de m’intéresser encore plus à ce bouquin ! Je suis bien trop curieuse pour laisser passer une telle lecture, et de telles émotions surtout. ♡ Merci à toi.

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  5. Je le rajoute à ma liste ! Ton billet est passionnant et reflète bien le coup de coeur qu’a été ce livre… le côté road-trip, la liberté, le lien profond d’amitié qui relie les personnages, ont l’air eux aussi très forts. Merci pour cet aperçu d’un roman qui a l’air simplement fantastique !

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