Cinéma

The dead don’t die – Jarmusch non plus.

Il semblerait, à ma grande surprise, que Jim Jarmusch ait décidé de dépoussiérer un tant soit peu son cinéma avec The dead don’t die. Habituellement peu fan du monsieur par sa façon d’intellectualiser (un peu trop) ses sujets et surtout d’étirer (un peu trop) le temps, j’avais décidé jusqu’ici d’éviter l’ennui en m’éloignant légèrement de ses films car, même si son travail est visuellement de haute qualité, son rythme m’a toujours un peu laissée de côté.

Il faut reconnaître que le manque cruel d’entrain (que dire, l’acharnement !) de la presse autour de The dead don’t die m’a fait prêter l’oreille, moi qui ne lui accorde d’habitude aucune attention, ma curiosité a fini par céder et je n’en suis absolument pas déçue.

D3IULbDXkAAvpqMLe casting du film participe déjà à montrer du coin de l’œil la volonté de pouvoir parler à tout le monde, de rendre le monde des zombies accessible ou attrayant, autant pour les fidèles de notre bon vieux Bill Murray, que pour les jeunes fans de Miss Selena Gomez. Mais on soulignera surtout la présence de deux comédiens importants ici : Tilda Swinton et Adam Driver. Rendant déjà curieux tout bon cinéphile par leur simple participation, Jarmusch a décidé de reprendre, après Only lovers left alive et Paterson, deux têtes qui peuvent tout jouer et surtout, avec crédit.

L’histoire, sans en dire trop, est assez simple : Centerville, petite ville des Etats-Unis, apprend aux informations, comme tout le monde on l’imagine, que la planète se désaxe suite à la fracture de la calotte polaire. Au début, les gens changent de chaînes ou coupent la radio, ne prêtant attention qu’au dérèglement des heures du jour et de la nuit. Puis les morts se réveillent et ça part (ou non) en délire dont je ne vous dirai rien.

S’en suit alors une histoire toujours aussi simple en apparence, les personnages vont réagir, mais sans excès. Jarmusch leur attribue cette caractéristique assez souple d’être à la fois bizarres et nonchalants, donnant un résultat décalé. Un rythme ralenti sur le fond mais, et tout l’intérêt est là, dans la forme il remue un peu tout ça par une ambiance collant parfaitement aux vieux films de zombie classiques. Une musique pleine de synthés aux ambiances à la fois pop, rock et folk, la présence presque inutile mais sympathique d’Iggy Pop ainsi que quelques clins d’œil bien sentis nous réveillent. Car on cite évidemment Romero, grand maître du genre zombie, on insère une tombe porte au nom du réalisateur Samuel Fuller et on donne au personnage d’Adam Driver un porte-clés Star Wars!

0629687.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxTout ceci m’a donné la sensation agréable que Jarmusch, pour une fois, lâchait prise et que le résultat ne relevait ni d’une quelconque soupe commerciale, ni de l’essai philosophique élitiste sur la condition humaine. Personnellement c’est un bon dosage qui me convient. D’autant plus qu’il s’en servira ici pour souligner une société de consommation excessive (le parallèle entre les hommes et les zombies se fait assez vite) et un état climatique désastreux qui pourrait nous réserver bien des soucis. Le personnage de Bob l’ermite, vivant de peu et de nature, contant l’histoire en voix off nous permet de confirmer, de manière peut-être facile, le message anti-consumérisme du film. Une sorte de scénario « catastrophe », bien que le terme soit exagéré, pour pouvoir critiquer les comportements humains inadaptés face au contexte actuel de notre bonne vieille Terre, tout en livrant tranquillement un film de genre.

Le film est loin d’être creux comme auraient pu le sous-entendre les (nombreux) détracteurs de The dead don’t die. Jarmusch se fait plaisir et pour la première fois ne m’endort pas, même si le rythme n’est pas effréné, ça nous change un peu des films actuels qui tendent vers le zombie/gore/cours-tu-vas-mourir.

Je tiens donc à dire aux critiques et journalistes, qui se sentent le droit de vie ou de mort d’un film, aimant Jarmusch, appréciant sa lenteur et sa capacité à prendre le temps de filmer le vide et qui ont été déçus ici par sa paresse et son scénario où il ne se passe rien (petit coucou au Masque et la plume), je leur dirai donc que l’hypocrisie n’a jamais été bien bonne, qu’il faut savoir se sortir le balai des fesses, et surtout que le cool et l’absurde existe au cinéma, heureusement!

La Moustache

The dead dont’ die de Jim Jarmusch – Sortie le 15 mai 2019iggy-pop-dead-dont-die-jim-jarmusch

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2 réflexions au sujet de “The dead don’t die – Jarmusch non plus.”

    1. Oui c’est vrai que dans les films de genre, c’est difficile de passer à côté du sujet central mais malgré tout il vaut le petit coup d’oeil, si jamais la curiosité te gagne plus tardivement 🙂

      Aimé par 1 personne

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