Cinéma

Il était une fois Tarantino

Comment expliquer que Tarantino soit à l’heure actuelle la plus rock star des cinéastes, attendu comme jamais pour chacun de ses films, à récolter les entrées que nos réalisateurs indépendants français voudraient tant ? Comme beaucoup, je me suis laissée tentée par Once Upon a Time in Hollywood avec une pointe d’appréhension, celle qui nous fait espérer ne pas faire face à la déception, pour savoir si oui ou non Tarantino relevait encore le défi.

Dans un premier temps, pour ce film, il semblerait que notre bon Quentin ne se soit entouré que de vedettes tout à fait inconnues… Nos deux petits nouveaux se nomment : Brad Pitt et Leonardo Dicaprio.

Once-Upon-A-Time-in-Hollywood-First-Look-Images-3Loin d’être hystérique à la vue des deux hommes, tout en reconnaissant absolument leur talent et intelligence d’interprétation,  je dois avouer que le duo fonctionne, et très bien! Mention spéciale à M.Pitt qui, décalé, se la joue relax et droit dans ses bottes (d’hippie) de la plus naturelle des manières. C’est plutôt très bon ! Pour compléter ce casting de bâtard, j’appelle également les non moins connus : Al Pacino, Emile Hirsch, Bruce Dern, Dakota Fanning, Kurt Russell et Luke Perry (RIP Dylan <3), qui ne sont pas énormément présents mais suffisent à donner du poids à des personnages de choix. Puis, bien sûr, la belle Margot Robbie prend la peau de Sharon Tate. Pour ma part, je préfère garder d’elle le souvenir de Harley Quinn, autrement le cliché de la blonde-magnifique-un-peu-lisse ne serait pas loin, mais avouons que Mme Tate/Polanski n’était pas non plus une tête brûlée… Deuxième mention spéciale à l’adorable petite Julia Butters pour son bon jeu (clin d’œil rigolo : fille d’un animateur Disney, elle lit dans le film une biographie de ce cher Walt).

Once-Upon-a-Time-in-Hollywood-7Pour ceux qui tiendraient absolument à savoir ce qui se passe, je ne vous en dirai que (très très) peu mais soit! Un acteur renommé (Léo) et son homme à-tout-faire (Brad), – pardon, son cascadeur – vont vivre ensemble quelques péripéties. Alors pour nous dire tout ça, parlons peu, parlons bien! Tarantino ne serait pas Tarantino tout simplement sans une mise en scène précise et pétillante! Les couleurs, les cadres et les lumières sont soignés d’une main de maître. Ce n’est pas à cet amoureux de l’image qu’on apprendra à en faire une. La bande-son swingue et colle parfaitement au rythme, rythme évidemment mené par un montage dynamique. Mais finalement, le savoir-faire, après tant d’années, c’est presque normal de l’avoir. Le plus de Tarantino, c’est ce qu’il y met dedans! La folie et son authentique amour du 7eme Art rendent ses réalisations riches d’originalité et c’est là, à mon sens, son secret.

Dans Once Upon a time in Hollywood, on sent et on voit – c’est le centre même du film – qu’il est entiché du cinéma et de son histoire, de son physique pelliculé, de sa projection 35mm, de ses genres et même du respect des formats de l’époque pour les passages en noir et blanc des scènes de westerns (le 1.37, oui messieurs dames, si la taille de l’écran change, c’est normal). Tarantino aime le cinéma mais surtout il le connait, il en respecte ses codes, en joue et fait des clins d’œil monstrueux. Les noms des plus grands se croisent à chaque coin de scène et de dialogue, sans oublier les personnages de Bruce Lee, Roman Polanski et Steve Mcqueen, joués dans le film. Un régal pour les cinéphiles, avec un petit plus pour les fans de vrais westerns (non, les western spaghettis ne sont pas de vrais westerns!). Par exemple, la séquence de projection du film The Wrecking Crew montre bien la vraie Sharon Tate face à une Margot Robbie qui contemple son propre personnage. Tarantino se fout de la ressemblance. Les vrais comprennent et il s’adresse à eux aussi.

Pour la petite histoire d’ailleurs, Once Upon a time… mêlera la grande, la fausse, la vraie et la réinventée, je vous laisserai démêler tout ça devant le film. Ce qu’il en est c’est qu’ici, Tarantino s’appuie également sur un fait véridique, l’existence de la secte de Charles Manson. En connaître la réelle histoire est un véritable plus pour ne pas louper ce qu’en fait Monsieur Kill Bill, qui surprend et s’amuse avec ceux qui savent. Je vous invite donc à vous pencher sur le cas du gourou de la « Manson Family », accessoirement psychopathe, chef de meute hippie et responsable de la vraie mort de Sharon Tate.

once-upon-a-time-in-hollywood-2019-movie-review-margot-robbieUne question me restera tout de même, les gens qui ne la connaisse pas cette histoire passent-ils à côté de quelque chose? Probablement. Mais est-ce un problème? Probablement pas. chez Tarantino tout l’avantage est là. Mêler le très subtil au spectaculaire est une (bonne) constante.

Et donc tout ça? Tout ça, il faut le dire, nous donne un film très long, 2h40 sur lesquelles 20mn en moins n’auraient pas nécessairement manquées. C’est le risque de s’attaquer à tout en même temps, on manque de place pour caler tout le monde. Pour le flash info : une mini-série pointerait apparemment le bout de son nez pour les rushes et les scènes coupées, c’est Brad qui l’a dit!

Malgré tout, Once Upon a Time in Hollywood bénéficie d’un scénario très bien ficelé, qui ne vous prépare jamais à la suite et qui se permet une petite démonstration de ce que peut être Hollywood, sur l’ascension et la déchéance de ces petites fourmis, tout en nous montrant la déconnexion avec le monde, le cloisonnement entre les stars et le reste. Alors oui, les critiques sont toujours possibles mais Tarantino a une place particulière dans le cinéma et c’est indéniable, autant dans sa conception que dans l’énergie qu’il mettra dans ses films. Je ne dirai qu’une chose : pourquoi s’en priver?

La Moustache

once-upon-a-time-in-hollywood

4 réflexions au sujet de “Il était une fois Tarantino”

  1. Once upon a time in Hollywood ne restera pas mon film préféré de Tarantino (Les huit salopards avaient mis la barre très haute !) mais c’était quand même un bon moment de cinéma. Le duo d’acteurs fonctionne hyper bien, et même si je sais qu’il est un excellent acteur, Leonardo DiCaprio y fait à mon sens une prestation énorme !! On verra s’il sera récompensé (mais avec Le Joker de Joaquin Phoenix qui se profile … :-)) !

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne suis habituellement pas friande de Dicaprio, même s’il joue toujours très bien, mais c’est vrai qu’ici il me plaît parce qu’il arrive à être à la fois dramatique et comique, et ça fait du bien de le voir sur ce décalage.
      Ah j’avoue Joaquin Phoenix va livrer quelque chose de bien plus grand je pense, mais qui sait? 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Quelle chronique, merci pour ce bel article !
    J’ai apprécié ce film même s’il m’a laissé un petit arrière-goût d’inachevé (en ce qui concerne mon expérience de spectatrice et pas le film en lui-même). L’image est très belle, puissante, la reconstitution époustouflante, les acteurs sont géniaux, particulièrement le duo de tête qui fonctionne très bien mais j’ai des doutes quant au scénario…
    Où veut-on emmener le spectateur ? Pourquoi ? Certes, il ne faut pas toujours une réponse à ces questions, mais lorsque je reste assise 2h40 devant un film, j’aimerais quand même avoir quelques indices.
    Bien sûr, la pression monte au fil des minutes (et des heures) jusqu’à la scène finale que l’on redoute en connaissant un peu les événements de 1969, mais j’aurais aimé un peu plus de substance avant d’y arriver.
    Un deuxième point beaucoup plus personnel qui me turlupine concerne d’ailleurs cette utilisation de l’histoire (ou plutôt de l’Histoire)… Peut-on détourner ainsi des événements tragiques ? C’est une vraie question, pas un jugement, une affirmation ou une négation déguisée. Mais je dois avouer avoir été un peu mal à l’aise face à cette mise en scène de la violence alors qu’elle fait référence à des événements réellement douloureux (c’est d’ailleurs ce qui m’avait aussi gênée dans Inglorious Bastards).
    Néanmoins, Once Upon a Time… vaut pour ses clins d’œil au cinéma, son atmosphère, sa bande-son comme tu le dis… À mon sens, il s’agit d’un film que l’on ressent plus qu’on le regarde !

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