Littérature

La Place du mort

Une fois n’est pas coutume, Le Picabo River Book Club fait des miracles ! Il y a quelques temps, je parlais de L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich, un livre que j’avais pu découvrir dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Sonatine.
À l’époque, j’évoquais, dans un premier temps, mes réticences à aller vers certaines collections ou maisons d’édition quand la ligne éditoriales de ces dernières étaient trop axées thriller/policier. Mais, évidemment, c’était sans compter la découverte de l’histoire et de l’écriture d’Alexandria Marzano-Lesnevich, balayant d’un trait mes a priori.

Forte de cette expérience (et d’une chance assez insolente), j’ai embarqué il y a quelques jours pour une nouvelle lecture : La Place du Mort, premier roman de Jordan Harper paru aux éditions Actes Sud, dans la collection Actes Noirs. Et devinez quoi ? c’était parfait !

5E300E1F-241A-4F21-A960-25253B1999AC.jpgPolly a onze ans. C’est une petite fille secrète, discrète et solitaire. Son seul véritable ami est son ours en peluche, qu’elle emporte partout avec elle et qui prend presque vie sous ses yeux. Ne vous méprenez pas, Polly sait très bien que c’est pour de faux, qu’il n’est pas vraiment vivant. Elle sait aussi qu’elle est trop grande pour avoir un ours. Mais elle s’en fiche.
Polly vit avec sa mère, Avis, et son beau père. La vie suit son cours.
Et puis un jour, Polly a la surprise de découvrir son père, Nate, qui l’attend à la sortie de l’école. Elle doit le suivre. Elle ne veut pas. Mais elle n’a pas le choix.

Nate McClusky sort tout juste de prison où il vient de purger une peine de plusieurs années pour un braquage. Il ne connaît que très peu sa fille. Il n’avait pas prévu de la retrouver à sa sortie. Mais il n’a pas le choix.

Ces retrouvailles forcées, ils les doivent tous les deux à Craig Le Fou, leader de la Force Aryenne (un mec avec qui on se fend la poire donc). Ce dernier a émis, depuis sa cellule de haute sécurité, un arrêt de mort contre Nate, Avis et Polly.
Dès sa sortie de prison, Nate se précipite, mais pour Avis il est trop tard. Elle et son conjoint ont été exécutés. Reste donc Polly. Cette gamine dont il ignore presque tout, et qui, à part dans ce regard bleu délavé, ne lui ressemble en rien.

Commence alors une cavale haletante et sanglante pour ce duo improbable (trio, si on compte l’ours !), qui tient en haleine d’un bout à l’autre de ce (bien trop) court roman.

L’écriture de Jordan Harper et la traduction de Clément Baude sont précises, incisives, directes, comme un bon crochet du droit de Nate. On embarque nous aussi à bord du « monstre vert », sur la banquette arrière, et on assiste à cette course-poursuite qui est aussi, et surtout, la rencontre entre deux êtres.
Le père et la fille se jaugent et se regardent du coin de l’oeil d’abord, se confrontent ensuite, et découvre enfin la relation dont la vie (comprendre : l’amas de conneries de Nate) les avait privés.

Alors bien sûr, il y a un contexte, et bien sûr, ce n’est pas un cadre « habituel » pour une relation filiale. Mais, bien plus que ces histoires de règlements de compte, de gangsters, de fric et de drogue, ce qui fascine c’est vraiment l’évolution de Nate et Polly.

Lui d’abord, montagne de muscles et de tatouage, embarqué un peu malgré lui dans le « business » par son frère Nick quand il était encore presque un gosse. Frère dont il entend encore la voix, comme un fantôme qui ne le quittera jamais. On comprend assez vite que Nate aspirait sans doute à autre chose dans la vie. On le devine du moins. Mais l’existence vous conduit parfois sur des chemins tortueux et sombres. Sa vie à lui ne l’a emmené que dans ces coins-là. Autant en faire une force. Alors il a sculpté son corps et son esprit, pour être insubmersible. C’était sans compter l’arrivée de Polly.

Polly. Cette gamine si frêle et fragile, au bord des larmes quand elle voit son père à la sortie de l’école. Cette gamine à part, qui « vient de Vénus », comme elle aime le dire. Si on soupçonne les fragilités de son père, on perçoit, en parallèle, la force et la colère qui gronde dans le ventre de la petite fille. Nate comprend ça, et il va tout faire pour que Polly se révèle…même si elle en devient effrayante.

Au delà de la noirceur de son propos (et de la proportion d’hémoglobine versée à chaque page ou presque), ce que je retiens de ce premier roman, c’est avant tout l’Humanité qu’il s’en dégage, et l’amour qui transpire de chaque échange entre Polly et Nate.

Une belle histoire en somme, à la sauce gangster 😉

Encore merci aux éditions Actes Sud et au Picabo River Book Club pour cette chouette découverte !

Et bonne lecture bien sûr 🙂

Le Joli

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9 réflexions au sujet de “La Place du mort”

  1. Déjà, ravie de savoir que tu es toujours dans le coin !
    Ensuite, alléchante chronique comme toujours. J’ai les mêmes réticences que toi à aller vers le polar/thriller, mais j’ai parfois eu de bonnes surprises. Je te conseille par exemple Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol (publié chez Actes Sud noir aussi, si je me souviens bien) : ça a été une vraie claque et je l’ai depuis conseillé à plein de monde. Le côté historique est totalement prenant et j’ai découvert des passages de l’Histoire du 20e siècle dont je n’avais jamais entendu parler !

    Aimé par 1 personne

  2. Quel bel article encore que tu nous écris là Julie ! ♡ La manière dont tu l’exposes attise ma curiosité alors que ce n’est pas forcément un titre sur lequel j’aurai jeté mon dévolu. Merci à toi pour la découverte.

    Aimé par 1 personne

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