Littérature

L’Empreinte.

Aujourd’hui, après plusieurs jours de lecture, j’ai refermé un livre.

Alors que j’ai souvent besoin, ou simplement envie, de laisser passer le temps, de digérer les lignes et les mots, aujourd’hui il faut que j’écrive tout de suite. Parce que, je ne sais pas quoi ressentir. Ou plutôt, je ne sais pas ce que je ressens.

unnamed (5)Ce livre, c’est L’Empreinte, d’Alexandria Marzano-Lesnevich, paru aux éditions Sonatine, que j’ai eu le plaisir de recevoir dans le cadre d’un partenariat avec le Picabo River Book Club.
Ce livre, je l’ai ouvert avec curiosité, sans attente particulière, mais c’était sans prévoir ce qui allait se passer ensuite.

Alors comment parler de ce livre ? Peut-être tout simplement en commençant par les deux protagonistes.

Alexandria Marzano-Lesnevich, d’abord. Fille de deux avocats, c’est pendant ses études de droit qu’elle tombe, par hasard, sur l’affaire Ricky Langley. Jugé à plusieurs reprises, condamné à mort puis finalement à la perpétuité, ce dernier a été reconnu coupable de la mort d’un jeune garçon de 6 ans, Jeremy Guillory au début des années 90, aux Etats-Unis. Ce fait divers sordide avait secoué l’Amérique à l’époque, et aura un impact encore plus conséquent sur la jeune étudiante, et pas des moindres.

Très tôt,  Alexandria Marzano-Lesnevich a su qu’elle était viscéralement contre la peine de mort. Et puis un jour, sa route croise celle de Ricky Langley et tout bascule. Face aux confessions du tueur, face à l’acte abominable de cet homme, une brèche qu’elle avait pris soin de couvrir s’ouvre béatement en elle et toutes ses certitudes s’effondrent.
Sa vocation d’avocate prendra fin avec cette affaire et fera naître son besoin d’écrire.  Dès lors, elle n’aura de cesse d’enquêter, de relire chaque procès verbal, chaque compte-rendu, pour connaître cet homme et tenter d’apercevoir ce qui l’aura conduit à commettre l’impardonnable. Cependant, chaque découverte, chaque nouvelle information, la rapprochera de ses propres secrets et l’amènera à faire un énorme travail d’introspection qui sera à la fois une aide autant qu’une épreuve pour elle.

Je n’en dirai pas plus concernant les détails de ce livre car il me semble très important d’aborder l’énorme boulot d’Alexandria Marzano-Lesnevich en étant vierge de toute information. L’autrice nous livre ici un récit glaçant et éprouvant, mêlant les détails d’un crime sordide, le passé d’un homme torturé et son passé à elle (pas vraiment des plus sympatoches non plus). Je ne pense même pas pouvoir imaginer le courage qu’il lui a fallu pour se mettre autant à nu. Finalement, on sent que le plus dur n’est pas tant de se dévoiler au reste du monde, mais plutôt à elle-même.
Tout au long de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser à David Vann et son Dernier jour sur terre. De la même manière, Alexandria Marzano-Lesnevich nous offre une place privilégiée dans sa vie.
Comme lui, elle nous invite et nous permet de comprendre avec elle les rouages de son histoire, avec toutes les souffrances et les petites victoires que cela engendre, et d’assister, enfin, à sa renaissance.
Comme David Vann, elle nous permet d’être un(e) assistant(e) dans son enquête et sa compréhension du Mal. Ou plutôt de comment le Mal peut parfois l’emporter chez certains êtres humains. A son tour, elle se pose des questions, bouscule ses croyances et nous incite à faire de même. C’est douloureux, c’est déroutant, c’est obsédant, presque autant pour nous, lecteurs, que pour elle, autrice et protagoniste.
En remontant aux origines de cette histoire, aux origines de Ricky Langley, elle remonte aux origines de son propre mal, et c’est passionnant.

Vous ne sortirez pas indemne de cette lecture, mais elle est indispensable.

Comme je le disais plus haut, je n’attendais rien de spécial de cette lecture. Ce détail a son importance car, si j’aime le Picabo pour les découvertes que j’y fais chaque jour et la qualité des ouvrages mis en avant, il y a toujours des maisons d’édition qu’on chérit plus que d’autres. Dans mon cas, Sonatine ne fait pas partie de celles que je faisais passer en premier. Attention rien de négatif dans mon ressenti ! Juste une question de sensibilité finalement (et de raccourcis faciles un peu), car je n’aime pas particulièrement le genre policier/thriller, très présent chez cette maison d’édition. Je n’en lis pour ainsi dire pas du tout. Alors je m’étais tout simplement dit « ce n’est pas pas pour moi ».
Entrer dans la communauté du Picabo River Book Club, a considérablement élargi le champ des possibles pour mes petits yeux de lectrice ! J’ai vu quotidiennement fleurir des chroniques, des avis, des coups de cœur, de personnes que je ne connaissais pas mais qui me touchaient et éveillaient ma curiosité. J’ai eu la chance de recevoir plusieurs ouvrages. Découvrir un livre comme L’Empreinte a été une réelle chance. Déjà pour ce que cette lecture a provoqué chez moi, pour toutes les émotions qu’elle m’a permis de ressentir. Et ensuite parce que je sais désormais que les éditions Sonatine ne seront plus mises de côté dans mes potentiels choix.

Alors merci le Picabo River Book Club, merci les éditions Sonatine, merci la vie et bonne lecture les enfants !

Le Joli

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17 réflexions au sujet de “L’Empreinte.”

    1. Alors c’est à la fois un récit autobiographique et un enquête journalistique je dirai. En tout cas je suis allée vérifier l’affaire a bien eu lieu et surtout à la fin du livre, l’autrice explique la manière dont elle a travaillé et sur quoi elle s’est appuyée. C’est vraiment passionnant.

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        1. Alors clairement, c’est assez éprouvant c’est sûr. Personnellement j’aime beaucoup le fait que ce soit couplé à un cheminement personnel, comme l’avait fait David Vann dans Derniers jours sur terre.
          Après c’est aussi une affaire de goût 🙂

          Aimé par 1 personne

  1. Ce livre m’intrigue beaucoup et ton article donne d’autant plus envie d’y jeter un coup d’oeil. Vu le sujet lourd, je me demande seulement si c’est très glauque, oppressant à lire ? Un roman qui questionne véritablement son lecteur, c’est à noter, en tout cas.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton message 🙂
      Pour te répondre, le sujet est effectivement assez dur et glauque. Après, je dirai que par rapport à ma lecture, la seule oppression que j’ai ressenti était finalement celle de l’autrice. Elle retranscrit vraiment très bien ses émotions et ses ressentis. C’est d’ailleurs ce qui donne cette force au récit selon moi, même si le sujet de base est déjà bien gratiné.
      Comme ce sont deux histoires vraies finalement (le fait divers et l’histoire du tueur + l’histoire personnelle de l’écrivaine), même si la lecture est éprouvante à bien des égards, je pense qu’on peut toujours lire chaque ligne en conservant une certaine « distance » (même si ce n’est pas le mot étant donné qu’on est quand même happé dans le récit).
      En comparaison, j’ai été quand même beaucoup moins oppressée qu’à la lecture de My Absolute Darling de Gabriel Tallent par exemple, je ne sais pas si tu l’avais lu ?

      J’espère avoir répondu à tes interrogations quand même, je ne sais pas si je suis très claire ahah !

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      1. J’ai l’impression que la narration de l’autrice est vraiment le grand atout du « roman » en effet. Et qui donne aussi tout son charme magnétique au livre. Je comprends ce que tu veux dire quant à la distance via l’histoire vraie : quand j’ai lu les 1001 vies de Billy Milligan (l’homme qui a inspiré le film Split, mais qui dans la réalité a été reconnu coupable de viols entre autres), c’était oppressant de se dire que cela s’était vraiment passé, mais la distance permettait de continuer à lire et à « apprécier » le texte. Qui demeurait tout de même sombre : a priori, ce serait un peu la même chose avec l’Empreinte.
        Je n’ai pas lu My Absolute Darling, je tenterai bien un de ces jours. Il doit battre des records niveau glauque aussi.
        Merci pour ton avis, ça m’a aidée oui ! 🙂

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  2. Tu m’avais intriguée en m’en parlant ces dernières semaines, mais là… Ce n’est vraiment pas un livre vers lequel je serais allée spontanément, mais tu en parles d’une manière qui ne peut que donner envie de le lire. Ça semble une lecture hyper dense, prenante, qui te fait te poser plein de questions… Bref, j’espère avoir l’occasion de le lire un jour.

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