Cinéma

Fantastique Captain Fantastic!

Après avoir loupé sa sortie en salle en 2016, j’ai la chance d’avoir découvert récemment Captain Fantastic. Une fable toute en douceur, bienveillante sur un monde qui nécessite de l’attention. Que l’on y voit un modèle à suivre ou non, on y trouve une jolie proposition de vie familiale respectueuse de valeurs humaines, identitaires, basée sur la connaissance, le respect et, avant toute chose, la nature.

Dès les premiers plans du film, Matt Ross nous immerge dans des paysages impressionnants, nous remettant à notre (minuscule) condition d’être humain, et on comprend très vite que la nature aura sa place, qu’elle fait partie de la famille. Alors, on ouvre en grand la critique de notre société capitaliste et d’un système scolaire dysfonctionnel et on plonge dans cette proposition de vie que ce père inculque à ses six enfants. Respect du savoir, instruction partagée, entrainement sportif intense, un planning respecté à la minute. Des temps pour lire, des temps pour manger, on a ici une façon de vivre presque militaire mélangée à la fois à une écoute et un amour des autres illimités et infaillibles.

Par ce rythme, cette famille unie plus que jamais, dévoile alors une vie au gré de la nature. Dire non à la société de consommation, c’est se contenter de ce qu’on cultive, prendre soin de ce qu’on a et de ce qu’on crée. On aime ce qu’on a pour le bien qu’il nous fait ressentir, en toute simplicité. Pas question ici de force, ni d’âge, ni de sexe, juste une vie en cohésion en entretenant son corps et son esprit. On mesure l’importance de la famille, du respect des autres et ça apaise, vous n’imaginez même pas !

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Là où l’homme a besoin de croyance, nous trouvons ici – à défaut de s’encombrer avec une quelconque religion – un culte des libres penseurs et des philosophes (Noam Chomsky représente !). On s’accroche aux rites de passage, de l’enfant à l’homme, avec cette scène d’introduction autour de la chasse d’un cerf, et on s’approche bien plus du monde des indiens et des chamanes. Création, sans qu’elle soit régie par une société intéressée, d’une progression vers l’avant, qu’elle soit intellectuelle ou physique, dans le dépassement de soi.

Evidemment tout fonctionnement « idéal » a ses limites et (ça commençait à manquer), il s’agira ici des lois et de l’argent. Vivre hors système c’est possiblement très vite vivre hors la loi. En effet, même si trouver un autre modèle de vie plus bénéfique est possible pour un homme adulte, ayant connu les défauts et les inconvénients du système, il est difficile de l’imposer sur la durée à des enfants qui voudront, forcément à un moment ou à un autre, se construire via la comparaison avec d’autres semblables. On y ajoute une confrontation à la famille, plus largement, qui vit dans les « normes » (console, rabaissement de l’enfant à sa place d’inculte, voile et langue de bois sur les sujets importants) et vous aurez globalement la seconde partie du film. On verra l’articulation entre les idéaux et toute la haine qui peut s’y confronter. Le manque d’ouverture d’esprit, l’égoïsme et le « qui a la plus grosse » face à un père qui souhaite l’épanouissement, à tout prix, de ses enfants et sa famille !

La question de l’enfant est très bien abordée. Point central du sujet, dans son fond comme dans sa forme, il permettra de mettre en relief la comparaison entre deux mondes par le prisme de leur innocence, de leur incompréhension face à des lois illogiques ou des mœurs régies par des non-sens.

Viggo Mortensen très bon, incarne ce personnage poignant et sensible, qu’il campe sans artifice et tout en justesse. Mention spéciale pour les deux plus jeunes comédiens (Shree Crooks et Charlie Shotwell) impeccable mélange d’intelligence et d’espièglerie qui vous fera sourire à plusieurs reprises. Le reste de la troupe est également très bien choisi (belle démonstration de George MacKay) et j’avoue qu’à mon sens, c’est cette délicate distribution qui permet au film d’exister, d’être authentique et surtout d’être parfaitement crédible.

Le réalisateur amène son histoire dans une mise en scène douce et dynamique, mêlée de beaucoup de sons naturels et de plusieurs musiques, toutes différentes, qui chapitrent à elles seules la narration. Chaque instant musical marquera les moments clé, comme les passages d’un état à un autre, quel qu’il soit. Une poésie illustrée judicieusement dans une des dernières scènes avec leur maman.

Le film se terminera joliment, un plan final digne d’un Inception de Nolan, sans trop savoir ce qu’il a vraiment été décidé mais toujours est-il qu’on observera une progression vers un équilibre. Un juste milieu entre la vie en autarcie absolument isolée de tout monde extérieur et une vie adoucie, admettant le lien avec les autres tout en mettant en avant la vie avec la nature.

Alors si je peux me permettre, installez-vous dès que vous pouvez face à ce petit joyau brut, vous vous surprendrez à rêver d’un monde meilleur 🙂 !

La Moustache

Captain Fantastic de Matt Ross – Sortie le 12 octobre 2016captain-fantastic-movie-viggo-mortensen.jpg

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19 réflexions au sujet de “Fantastique Captain Fantastic!”

  1. Ce film est une petite perle. Tendre, émouvant, juste, intelligent… J’avoue que mon coup de coeur pour ce film n’est pas vraiment une surprise : la vie en dehors de la société qu’il propose n’est pas pour me déplaire même si elle a quelque chose d’un peu utopique… Très très beau film.

    Aimé par 2 personnes

    1. Totalement, moi aussi je suis assez sensible au cadre proposé parce qu’on a envie :
      1) d’un retour au source digne de ce nom
      2) de faire beaucoup plus attention à notre nature
      3) d’arrêter de se faire pigeonner par la société à tous points de vue…
      Et en plus de tout ça, le film est cinématographiquement très réussi, alors que demande le peuple =)

      Aimé par 1 personne

    1. J’avoue qu’avec le recul, j’ai trouvé auuucun défaut à ce film. De la justesse du propos, de la bouille des comédiens au talent de la mise en scène, ça fait du bien de voir ce genre de cinéma :)!

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  2. Ce film pose la question de ce que l’on a envie de transmettre comme valeurs à ses enfants, et des compromis que l’on est obligé de faire parfois. L’intransigeance du personnage de Mortensen entre en contradiction avec l’idéal libertaire enseigné à ses enfants, ce que ne manque pas de lui rappeler l’aîné qui veut faire des études, confronter son idéal « au monde réel » et avancer par lui-même et non plus au sein d’un groupe uni, à l’éducation incroyable mais étouffant. En tant que jeune père, c’est un questionnement et une inquiétude perpétuelle : donner des clefs à son enfant, l’éveiller puis admettre q’un jour, ma fille sera ce qu’elle aura choisi d’être et que je devrai accepter ce choix.
    A noter que les lectures et choix idéologiques classent cette famille du côté des libertaires anti-capitalistes mais avec des valeurs rigoristes et un mode de vie un poil encore plus spartiate, on tombe dans d’autres versions possibles des modes de vie communautaire marginaux (fascistes, sectes…) On est alors plus proche du Village de Shyamalan.

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui, c’est ce que j’apprécie aussi dans le film justement.
      Le fait que ce soit une proposition de « vie » mais qu’elle soit malgré tout malmenée et questionnée par des éléments extérieurs. Ce serait trop simple de dire « Voilà comment il faut vivre et élever ses enfants! », là, Matt Ross propose un avant et un après. Un après qui tend vers un « juste milieu » plus équilibré, moyen de nous dire qu’il est possible d’avoir des convictions mais qu’il est toujours dangereux de tomber dans un extrême.
      Je n’irai pas jusqu’à comparer le film au Village de Shyamalan mais je comprends tout à fait ton rapprochement avec l’aspect sectaire et fausse bonne idée de se préserver d’un monde par l’isolement imposé.

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      1. Ni le film, ni le mode d’éducation n’ont effectivement à voir avec le Village. Seule reste la vie en marge de la société moderne. Et quand bien même la critique du monde moderne est légitime, je faisais juste la réflexion qu’en choisissant d’autres formes de vie alternatives, comme dans le Village ou dans « Martha Marcy May Marlene », la marge peut mener à d’autres mode de société moins émancipateurs. Pour un traitement différent sur ces questions mais avec un cinéma plus âpre et naturaliste, tu peux aussi essayer Vie Sauvage de Cédric Kahn.

        Aimé par 2 personnes

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