Littérature

Cotton County

Me revoici pour causer un peu littérature (ça faisait un petit moment !) avec l’une des dernières parutions des éditions Albin Michel, que j’ai pu découvrir grâce à Léa Touch Book et Le Picabo River Book Club (oui, encore eux !). Ce livre c’est Cotton County écrit par Eleanor Henderson et magnifiquement traduit par Amélie Juste-Thomas.

Nous sommes en 1930, dans l’état de Géorgie. John « Juke » Jesup, métayer de Screenshot_20190521_201716 (2).jpgCotton County, vit avec sa fille Elma dans la ferme attenante au domaine. La mère d’Elma, Jessa, est décédée en mettant son bébé au monde un peu moins de vingt ans plus tôt. La petite fille a grandi ici, à la ferme du Croisement, en même temps que la petite Nancy Smith, que tout le monde appelle Nan, de quatre ans sa cadette.
Nan est la fille de Ketty, qui est accoucheuse, et de Sterling, ouvrier agricole sur l’exploitation. Tous les trois sont noirs.

Une petite fille blanche, et une petite fille noire, qui grandissent comme des sœurs. Les années passent et les filles restent plus proches que jamais, présentes l’une pour l’autre, chacune à sa manière, et malgré les épreuves. Elma n’a pas connu sa mère, Nan n’a que très peu de souvenir de son père, parti du domaine bien des années plus tôt sans donner signe de vie. Elma a un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut. Nan de son côté est beaucoup plus discrète. Déjà parce qu’elle est noire, et qu’en pleine Ségragation, mieux vaut ne pas faire parler de soi si on ne veut pas être lynché. Et puis, de toute façon, parler, la jeune fille n’a jamais pu le faire. Ketty lui a coupé la langue quand elle était encore un bébé, pour l’épargner du cancer qui a rongé toutes les femmes de leur famille. Cancer qui fini par emporter Ketty à son tour d’ailleurs.
Elma et Nan deviennent les femmes de la maison, elles sortent vite de l’enfance et sont confrontées, chacune de leur côté, très brutalement au monde qui les entoure.
Nan s’éprend de Genus Jackson, un jeune ouvrier agricole noir que Juke a embauché. Elma quant à elle s’attire les faveurs de Freddie Wilson, le petit-fils du patron de son père. Elle tombe enceinte. Bientôt vient le jour de l’accouchement lors duquel des jumeaux verront le jour. Sauf que l’un est blanc, l’autre métisse (mulâtre dans le texte). Scandale ! Très vite, Genus est accusé d’avoir violée Elma. Pensez-vous, comment ce bébé, beaucoup trop foncé aux yeux de la communauté, aurait pu se retrouver là ? Sa mère a forcément été souillée, et il n’y a aucun doute sur l’identité du coupable ! Il est lynché par une foule haineuse et son corps fini par être traîné sur plusieurs kilomètres, accroché à l’arrière d’un pick-up, jusqu’au village le plus proche.
Suite à ces événements barbares, la vie reprend tant bien que mal son cours à la ferme. Mais le drame conduira à lever le voile sur les secrets de cette famille ainsi que sur les petits arrangements d’une communauté où finalement tout le monde est coupable…

QUEL LIVRE LES ENFANTS, QUEL LIVRE !

Au delà d’un cadre historique dont nous connaissons tous, j’imagine, à peu près les grandes lignes, j’ai nommée la Grande Dépression, ce que je retiens de ce livre c’est l’immense fresque familiale dessinée par Eleanor Henderson et portée à bout de bras par Elma et Nan, deux jeunes filles que rien n’aura épargnées, pas même leur propre naissance.
Toutes les relations dépeintes dans Cotton County sont complexes, secrètes et bien souvent douloureuses. Chaque personnage vit avec sa propre épée de Damoclès au dessus de la tête, mêlant souffrances profondes et pêchés plus ou (beaucoup) moins pardonnables. Peu d’entre eux sont innocents, beaucoup sont coupables d’ignominies.
Chaque chapitre sera une étape de plus vers la vérité, parfois vers la rédemption, d’autres fois vers le jugement de ceux qui devront l’être. Au milieu des secrets, du sang et des larmes, Elma et Nan se tiendront toujours debout malgré les coups durs, fières et unies malgré l’opprobre, main dans la main pour avancer vers un avenir qu’elles espèrent meilleur.

J’ai refermé ce livre avec un peu de tristesse à l’idée de quitter ces deux guerrières d’un autre temps mais dont les combats peuvent finalement se rapprocher de tous ceux menés par les femmes de toutes les époques. Parce que nées filles mais déjà femmes aux yeux du monde. Parce que considérées comme des joyaux jusqu’à ce qu’on décide qu’elles sont impures. Parce qu’elles paieront toujours pour la cruauté, l’égoïsme et l’injuste toute puissance des hommes sur le monde et sur elles-mêmes. J’ai refermé ce livre en les laissant là, me disant qu’elles s’étaient battues à leur manière, comme tant d’autres avant elles et bien d’autres après elles. J’ai refermé ce livre en me disant que le monde avait quand même avancé, même si on est parfois en droit de se demander s’il ne régresse pas souvent. Mais j’ai aussi refermé ce livre en gardant l’espoir qu’au bout du compte, on finit par avoir ce qu’on mérite, quoiqu’il arrive.

Je vous invite vraiment à découvrir cet ouvrage, c’est une pépite !

Bonne lecture 🙂
Le Joli

7 réflexions au sujet de “Cotton County”

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